Une pièce de gros paiement
Le décret du 12 décembre 1854 crée deux modules d'or nouveaux, la 50 et la 100 francs. Ce sont des pièces de banque et de gros règlement plus que de poche : les tirages de la 50 francs n'atteignent pas le million, alors que les 20 francs de la même époque se comptent par dizaines de millions.
La frappe démarre en 1855, avec le portrait tête nue, dans les deux ateliers qui ont reçu ce module, Paris (A) et l'atelier à la lettre BB. L'année 1857 est de loin la plus productive, avec plus de 300 000 pièces à Paris. En 1862, l'effigie laurée remplace la tête nue, comme sur les autres monnaies d'or de l'Empire, et la frappe cesse en 1868, deux ans avant la chute du régime.
Sous la IIIe République, la 50 francs ne revient que par intermittence. Les dates de 1878 et 1889 accompagnent les Expositions universelles de Paris ; celles de 1887, 1896 et 1900 se limitent à quelques centaines d'exemplaires. Seule l'émission de 1904, avec un peu plus de 20 000 pièces, a vraiment alimenté la circulation. Après cette date, l'État ne frappe plus d'or qu'en 10, 20 et 100 francs, jusqu'à la guerre. Le contexte est développé sur la page des monnaies du XIXe siècle.
Situer sa pièce en trois regards
Premier regard, l'effigie. Une tête d'homme désigne l'Empire ; si une couronne de laurier ceint les cheveux, la pièce date de 1862 à 1868, sinon de 1855 à 1859. Une figure ailée désigne la République.
Deuxième regard, la lettre sous l'écu du revers, près de la date. A ou BB pour l'Empire, A seulement pour le Génie. Aucun autre atelier n'a reçu ce module, et une Génie marquée BB n'a jamais été frappée. Le guide des ateliers monétaires explique ces lettres.
Troisième regard, la date. Il n'existe pas de 50 francs or datée de 1860, 1861 ni d'aucune année entre 1869 et 1877. Paris est seul en 1856 et 1857, l'atelier BB seul en 1863. Le Génie compte six dates en tout : 1878, 1887, 1889, 1896, 1900 et 1904. Une combinaison absente de cette liste est suspecte.
Pièces spéciales, retouches et faux
En dehors des millésimes, la 50 francs compte surtout des pièces de présentation. Paris a frappé en 1855 des exemplaires à tranche lisse, à côté d'essais sur flan bruni. Des essais de la tête laurée à tranche lisse sont connus pour 1862 et 1868. Pour le Génie, on recense 30 flans brunis en 1878, les 100 pièces de 1889 et deux essais de 1878, dont l'un à grande écriture.
Abacor relève qu'une partie des pièces comptées en 1866 A seraient en réalité datées 1865 : le chiffre de 1865 est donc à prendre avec prudence.
Les faussaires ont surtout visé les dates rares du Génie. Le procédé le plus simple consiste à retoucher le dernier chiffre d'une 1904 pour en faire une 1900 : à la loupe, le zéro final paraît alors irrégulier ou entouré d'un champ retravaillé. D'autres faux, en or bas titre ou en métal doré, trahissent leur origine par un poids qui s'écarte de 16,13 g, un diamètre différent de 28 mm, des plumes d'ailes ou un portrait sans finesse, des lettres de tranche mal espacées. Les méthodes de contrôle sont réunies dans le guide pour repérer une fausse pièce.
Ce qu'il ne faut pas prendre pour une 50 francs or
Les mêmes effigies existent sur trois modules d'or. Le 20 francs Napoléon III mesure 21 mm pour 6,45 g ; la 100 francs or atteint 35 mm pour 32,26 g. Le 20 francs Génie, très répandu, porte la même scène que la 50 francs Génie, mais en petit. Mesurer le diamètre règle la question : une règle graduée ou un pied à coulisse suffit, et le poids confirme.
Au XXe siècle, la somme de 50 francs passe à l'argent. La 50 francs Hercule de 1974-1980, avec son groupe de trois personnages et ses 41 mm, n'a rien à voir avec la pièce d'or, malgré le même montant inscrit. Elle est frappée en argent à 900 millièmes, à une époque où l'or ne sert plus à la monnaie courante depuis longtemps. Pour l'ensemble des pièces d'or françaises, voyez la page des monnaies d'or.
L'usure sur ce module
Avec 28 mm, la 50 francs garde ses reliefs un peu mieux que le napoléon, mais elle s'use aux mêmes endroits. Tête nue : les mèches au-dessus de l'oreille et la pommette. Tête laurée : les nervures des feuilles de laurier. Au revers impérial, le plumage de l'aigle et les maillons du collier s'effacent assez vite.
Sur le Génie, regardez la poitrine et l'épaule de la figure, puis les plumes des ailes, puis le coq. Les feuilles de la couronne du revers perdent leurs nervures avant leur contour.
Une pièce de 16 g qui a voyagé en sac avec d'autres porte souvent des chocs sur la tranche et des marques dans les champs. Ces défauts pèsent dans l'appréciation de l'état autant que l'usure. Évitez tout nettoyage. Le guide des états de conservation et la page sur le nettoyage des pièces donnent les repères.