Un dessin de 1792 au seuil du XXe siècle
Le Génie naît en 1792 sous le burin d'Augustin Dupré, au début de la Ire République. Il dort ensuite un demi-siècle. La IIe République le ressort en 1848 pour son 20 francs or, frappé deux années seulement : dès le Second Empire, le profil de l'empereur le remplace (voyez le 20 francs Napoléon III).
La IIIe République y revient en 1871, juste après la chute de l'Empire. La frappe est abondante dans les années 1870, s'arrête de 1880 à 1885, reste maigre jusqu'en 1894, puis reprend à plusieurs millions de pièces par an. Les dates rares de la série viennent toutes de ce creux.
Pourquoi le lire comme un ancêtre de la monnaie du XXe siècle ? Parce qu'il fixe le cadre que reprend le 20 francs Coq en 1899 : même poids, même titre, même diamètre, même tranche jusqu'en 1906, seul le dessin change. Et parce que le Génie lui-même franchit 1900 : on le retrouve sur le 50 francs or jusqu'en 1904 et sur le 100 francs or jusqu'en 1914. Les autres pièces de la période sont réunies dans la page des monnaies de la IIIe République.
Différents, dates faibles et pièces retouchées
Le Génie n'a été frappé qu'à Paris. Une lettre autre que A au revers est donc suspecte. Ses variétés se jouent sur les différents, ces petits symboles qui désignent le graveur général et le directeur de la Monnaie : en 1879, une ancre simple ou barrée ; en 1896, un faisceau ou une torche, cette dernière moins courante. Les pièces sur flan bruni de 1848, de 1878 (30 exemplaires) et de 1889 (100 exemplaires) étaient destinées à la présentation et forment un groupe à part.
Un petit tirage incite à la retouche. Avant de croire à un 1888 ou à un 1892, examinez la date à la loupe : dernier chiffre mal aligné ou de forme différente, champ éraflé ou repoli autour, traces d'outil. Une date trafiquée reste une pièce d'or authentique, mais d'une année ordinaire.
Il existe enfin des faux complets, parfois en or au bon titre. Ils trahissent souvent des ailes sans détail, un coq pâteux, une tranche aux lettres irrégulières ou un poids légèrement à côté. Repères : 6,45 g, 21 mm, une tranche nette. Les contrôles pas à pas figurent dans le guide pour reconnaître une fausse pièce.
Évaluer l'état d'un Génie
La scène de l'avers est fine et serrée, ce qui rend l'usure facile à suivre. Le haut du personnage cède en premier : tête, épaule, poitrine. Viennent ensuite les ailes, dont les plumes se fondent, puis le coq et les baguettes du faisceau.
Un TTB garde des plumes séparées et un profil net. En TB, les ailes deviennent une surface plate et le coq n'a plus de dessin intérieur. Au revers, fiez-vous à la couronne de chêne : les feuilles ont-elles encore leurs nervures ? Les légendes, elles, restent lisibles très longtemps près du bord et ne disent presque rien de l'état.
Les Génies de la fin des années 1890 se trouvent souvent en SUP, avec de petits chocs dans les champs dus au frottement des pièces en sac. Ces marques entrent dans le classement. Ne les nettoyez pas : le brillant d'origine part au premier frottement. Pour aller plus loin, lisez le guide des états de conservation et la page pourquoi ne pas nettoyer une pièce.
20 francs or Génie : les pièces à ne pas confondre
Le 50 francs et le 100 francs or au Génie portent la même scène, mais en 28 mm et 35 mm : impossible de s'y tromper avec une règle. Le 20 francs Coq, son successeur, a le même module mais une Marianne et un coq à la place du Génie. Le 20 francs Cérès montre une tête de femme couronnée d'épis.
Il n'existe pas de 10 francs or au Génie : un petit Génie de 19 mm doit éveiller la méfiance. Les autres pièces d'or de 20 unités de la même époque, frappées au même poids par des pays voisins, portent une effigie de souverain et une légende étrangère. Le surnom d'« ange », très répandu, désigne bien ce Génie : il s'agit d'une allégorie républicaine, non d'une figure religieuse.