Une petite pièce d'or entre deux siècles
Les 20 et 40 francs existent depuis 1803 quand la IIe République crée le 10 francs or, en 1850. L'or de Californie afflue alors en Europe, et une pièce d'or plus légère devient commode pour les paiements de tous les jours. Le Second Empire la frappe en masse : plus de 60 millions de têtes nues grand module, environ 31 millions de têtes laurées.
La IIIe République reprend la Cérès de 1878 à 1899, mais en quantités modestes, autour de 2,4 millions de pièces au total. En 1899, le Coq de Chaplain la remplace. C'est la seule version du 10 francs or frappée au XXe siècle, jusqu'en 1914.
La guerre referme le chapitre : l'or ne circule plus et la France n'a plus jamais émis de 10 francs or courant. La dénomination survit pourtant, en argent : les 10 francs Turin à partir de 1929, puis la 10 francs Hercule de 1965 à 1973. Pour situer ces pièces, voyez les monnaies du XIXe siècle et les monnaies de la IIIe République.
Reconnaître le type en un coup d'œil
Regardez d'abord le visage. Un homme barbu : c'est Napoléon III. Sans couronne, il s'agit de la tête nue (1854-1860) ; avec une couronne de laurier dans les cheveux, de la tête laurée (1862-1868). La tête nue existe en deux tailles : le petit module d'environ 17 mm (1854-1855), jugé trop petit, puis le grand module de 19 mm, plus mince à poids égal. Les deux se côtoient en 1855. En 1862, une version de transition, dite hybride, porte un « 10 » plus petit au revers.
Une femme couronnée d'épis : c'est la Cérès, déesse des moissons, sous la IIe République (1850-1851) ou la IIIe (1878-1899). Seule la date les sépare.
Une femme au bonnet phrygien, avec un coq au revers : c'est le Coq, version réduite du 20 francs Coq, sans lettre d'atelier. C'est le seul de ces types qui porte des dates du XXe siècle.
Aucun 10 francs or ne montre le Génie ailé : ce dessin est réservé aux 20, 50 et 100 francs.
Variétés à la loupe et contrefaçons
Plusieurs variétés ne se voient qu'avec une loupe. En 1854, le petit module se trouve à tranche lisse, avec un grand ou un petit A, puis à tranche cannelée. La Cérès de 1850 existe avec deux coiffures. Les têtes laurées de l'atelier BB se divisent en petit et grand BB de 1863 à 1866. Les pièces de Paris de 1860 varient par la forme du 6 et par le différent. Pour le Coq, 1899 et 1900 existent sur flan mat, une surface volontairement sans éclat.
Les 30 pièces de 1878 et les 100 de 1889, sur flan bruni, ont été préparées pour les Expositions universelles de Paris. On ne les trouve pas dans un héritage ordinaire.
Les faussaires ont surtout copié Napoléon III et le Coq. Sur une pièce aussi légère, l'œil ne suffit pas : une balance au centième de gramme est le premier contrôle, puis le pied à coulisse pour le diamètre et l'épaisseur. Vérifiez enfin la régularité des cannelures et la netteté des cheveux. Le guide pour reconnaître une fausse pièce reprend ces étapes.
Où regarder l'usure sur 19 mm
Petite pièce, petits reliefs : un 10 francs perd vite ses détails, et il suffit de quelques années de poche pour passer de SUP à TTB.
Pour Napoléon III, observez les cheveux au-dessus de l'oreille et la barbiche ; sur la tête laurée, ce sont les nervures du laurier qui partent les premières. Pour la Cérès, les épis et les mèches du front portent l'usure : quand les grains des épis se confondent, la pièce est en TB. Pour le Coq, la chevelure au-dessus du front et le bord du bonnet s'effacent d'abord, puis le poitrail et l'aile du coq.
Comme les champs sont petits, une rayure ou un choc y prend vite de l'importance. Une pièce qui a été percée, soudée ou sertie dans un bijou perd presque tout son intérêt pour un collectionneur. Ne la frottez pas : lisez pourquoi ne pas nettoyer une pièce et le guide des états de conservation.
10 francs or : les pièces à ne pas confondre
Le 20 francs Napoléon III, le 20 francs Cérès et le 20 francs Coq reprennent les mêmes dessins en 21 mm et 6,45 g : un pied à coulisse tranche en une seconde. La 10 francs Hercule et la 10 francs Turin portent la même indication de 10 francs, mais en argent et dans un module bien plus grand. D'autres pays de l'Union latine ont émis des pièces d'or de 10 unités au même standard ; leur légende, étrangère, les signale aussitôt. Pour l'ensemble des pièces d'or françaises, voyez la page des monnaies en or.
Attention aussi aux médailles et jetons dorés de petit module, parfois montés en bijou, qui imitent le Coq ou Napoléon III sans porter d'indication de 10 francs : une pièce sans date ni dénomination n'est pas un 10 francs or.