Trois effigies sur un seul module
Posez la pièce sur une règle : 35 mm, c'est nettement plus large qu'une pièce de 2 euros. À ce diamètre, en or, il n'existe en France que la 100 francs du XIXe et du début du XXe siècle. Il reste à savoir lequel des trois types vous avez.
Un homme barbu à moustache longue : c'est Napoléon III. Sans laurier dans les cheveux, la pièce appartient à la première série (1855-1859) ; avec une couronne de laurier, à la seconde (1862-1870). Une figure ailée debout, qui grave une tablette : c'est le Génie, adopté par la République en 1878.
Sous l'Empire, deux ateliers se partagent le travail. La lettre A désigne Paris, la lettre BB l'autre atelier qui a frappé ce module ; elle se lit au revers, près de la date. Le Génie, lui, ne sort que de Paris. Un Génie qui porte une autre lettre que A n'existe dans aucun catalogue. Le guide des ateliers monétaires donne la liste complète des lettres.
Le Génie de 1878 à 1914, une grosse pièce du XXe siècle
La République a d'abord frappé le Génie de 100 francs par à-coups : quelques dizaines de milliers de pièces certaines années, à peine une centaine d'autres. À partir de 1899, le rythme change : chaque année jusqu'en 1913 voit sortir entre 10 000 et un peu plus de 30 000 pièces. Une bonne part des 100 francs or que l'on rencontre aujourd'hui date donc des années 1900, et non de l'Empire.
En 1907, la devise de la tranche change : « DIEU PROTEGE LA FRANCE » laisse la place à « LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERNITÉ ». Les catalogues traitent ces deux tranches comme deux types (F.552 et F.553). Faites tourner la pièce entre deux doigts pour lire l'inscription, puis comparez avec la date : une tranche républicaine sur une pièce de 1905, ou l'inverse, est anormale.
La guerre arrête les frappes. Le millésime 1914 existe bien, mais BDOR précise qu'il a été frappé en 1921, à 1 281 exemplaires seulement. La loi du 25 juin 1928, qui définit le franc dit Poincaré, retire ensuite à ces pièces leur cours légal. La suite de l'histoire de l'or français au XXe siècle se lit sur la page des monnaies de la IIIe République.
Essais, différents et imitations
Les pièces hors série se concentrent aux deux bouts de la période. En 1855, Paris produit une épreuve à tranche lisse portant un A sur l'avers, ainsi que des essais. BDOR signale aussi des épreuves de 1861 sur flan bruni : une étoile à cinq branches y prend la place de l'abeille sous le cou, et une étoile à six branches celle de la lettre d'atelier. Des essais de la tête laurée sont connus pour 1862 et 1868.
Côté Génie, l'année 1879 se divise entre deux différents de graveur : une ancre simple et une ancre barrée, à regarder à la loupe. Il faut ajouter les 30 flans brunis de 1878, deux essais de la même année et une émission sur flan bruni datée 1900.
Une pièce aussi lourde a tenté les faussaires, qu'il s'agisse d'or à titre réduit ou de métal doré. Quatre contrôles simples : le poids (32,26 g), le diamètre (35 mm), l'alignement des lettres de la tranche, la finesse des plumes et des cheveux. Le guide sur les fausses pièces reprend ces vérifications pas à pas.
Pièces qui lui ressemblent
La 50 francs or est sa petite sœur : mêmes effigies, même graveur, mais 28 mm et 16,13 g, avec « 50 FR » au revers. Le 20 francs Génie reprend la scène de Dupré sur 21 mm.
Monaco a frappé à Paris des 100 francs or au même module, 35 mm et 32,26 g, sous Charles III puis sous Albert Ier. Leur revers aux armes princières et la légende « CENT FRANCS » les distinguent immédiatement de la pièce française.
Plusieurs pièces plus récentes portent aussi le nom de 100 francs sans rien partager avec celle-ci : la 100 francs or de 1929-1936, beaucoup plus petite, les 100 francs commémoratives en argent des années 1982-2001 et les pièces de collection de la Monnaie de Paris. Pour situer l'ensemble, voyez la page des monnaies d'or.
Juger l'état d'une 100 francs
Sur la tête nue, observez les mèches au-dessus de l'oreille et le haut de la joue. Sur la tête laurée, ce sont les nervures des feuilles. Au revers impérial, suivez le plumage de l'aigle, les flèches du foudre et les maillons du collier.
Sur le Génie, l'épaule et le buste de la figure s'aplatissent d'abord, puis les plumes des ailes perdent leur dessin, puis le coq. Au revers, les feuilles de la couronne deviennent lisses.
Les Génie des années 1900 ont souvent peu circulé : leur usure est faible, mais leurs champs sont couverts de petites marques laissées par le frottement des pièces entre elles dans les sacs. Ces chocs abaissent l'état autant que l'usure. N'essayez pas de les effacer : un nettoyage laisse des traces visibles. Les détails sont dans le guide des états de conservation et dans notre page sur le nettoyage.